MB, épisode 3, compte-rendu d’ANTOPIKO

Bienvenue au pays du roi Salomon (speedcross, fellraiser, Xt wing ou bien), où même les pépés sont athlétiques, secs et burinés, avec des brushing et des sourires de présentateurs TV. Ici c’est la haute Savoie, mets ta cagoule et tape un Trail pour aller prendre l’apéro chez les voisins d’en haut. Pays de stations chics aussi : grosses voitures, boutiques de luxe et le fin du fin : des suisses. Plein de Suisses. (Antoine : j’aurais dû naître Suisse, c’est con)

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Combloux dans la Yaute et le punch power biking tour

Sur la place de Combloux, le village de la MB n’est pas celui du Roc : trois exposants, la buvette du club de foot, radio mont-blanc sur le toit de l’autobus Scott, et c’est tout. Jerome connaît le chef de l’orga, salue des types, se marre avec l’équipe de télé qui le suit, répare la tireuse à bières, se fait offrir des coups, offrir un t shirt high tech, re-salue des potes, discute avec un réunionnais qui vient exprès de la Réunion. Il est chez lui. Il nous présente : « j’ai ramené des copains pour la MB. » Il est tout content. Il sera même fier de nous voir porter du rouge le lendemain. Hein ? La suite expliquera. Bon, en attendant, on fait un peu cousins de province.

Vendredi soir, c’était les consignes : balisage bleu à suivre, frontale et couverture de survie à prendre, eau à s’abreuver, et une seule chose à savoir : la MB, c’est la plus dure course VTT du monde, hein, alors pas de blague. Pendant le discours, on se fait peur en regardant les participants ; des t-shirt annoncent le pedigree de leur possesseur : untel est Finisher aux Embruns, un autre a fait la diagonale des fous à reculons, un troisième est le vainqueur de la trans-Arctique en tong. J’exagère à peine. Ce sont des monstres avec des jambes monstrueuses. Des pubs vivantes pour x-bionic. Ubermensh.

Le truc fini, on fait un petit tour sur les hauteurs, on est tout fou et on rentre se faire une overdose de glucides. Entretemps, Julien nous rejoint. Et Braco aussi, qui aux joies du camping communautaire a préféré l’ingrate solitude d’une chambre d’hôte, journalisme oblige.

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Le truc, en arrière-plan, c’est une grosse montagne connue.

Le lendemain, 4:30. On se lève et on se bouscule pas, mais on s’active. 5:50 : air de départ. On ne voit rien du départ des cadors, puis c’est notre tour, tout doucement. Le temps de se réveiller, d’observer le matos des autres participants, de regarder le paysage et le Mont-Blanc. La montagne est une majesté souveraine qui nous promet l’enfer sous un ciel bleu et une chaleur du plomb. C’est la divinité du lieu. Garde ça en tête, lecteur : pendant les seize heures sur la selle, on l’a toujours eu en vue, ou bien les Aravis, et ça a fait un décor grandiose à nos petites souffrances. Sa majesté et les mouches.

Les premiers kilomètres sont sur route avant d’attaquer : on roule en file indienne, quelques bouchons au début font déchausser. Antoine et Benoit salue un copain vu à une rando chez nous (le 7-1 est dans la place, gros). Il y a des excentriques : un vieux decat à frein patin, par exemple.
Le Châble, première descente… Technique, un peu. La suite enverra du plus corsé, mais là c’est déjà pas mal . C’est varié, rapide, le tracé est inventif. On passe des ruisseaux, on descend le long d’une rivière, on roule sur des gisements d’ardoises.

Ravito. Buvez de l’eau. Le mont blanc même sur les bouteilles d’eau. Pain d’épice. Fromage du coin, saucisson du coin, gel power pas du coin, boisson power, coca powa. Quartiers d’orange et de banane. Mais pas de chocolat. C’est qu’il fait chaud. Beaucoup de points d’eau d’ailleurs.On est parfois accueilli au jet, les habitants nous jettent des baquets. Pas méchamment.

Puis dans ma tête tout se mélange alors je donne ça tout à trac.
Il y eu premier portage au-dessus du Jaillet, et le chemin de la taille d’une ornière, bien gadouilleux, compliqué à prendre.
Le col du Jaillet, d’ailleurs, on se l’est tapé par devant, par derrière, c’est clair. C’est en montée un long ruban de sable gris à 10 %-14%, une route que les gogos dévalent en hiver en faisant des wouh et des wah, mais là, aujourd’hui, c’est un chemin de douleur sous un cagnard de fadas dans un brouillard de poussière, un truc de forçat comme on en voit escalader par les coureurs du premier tour de France. Envie de boire, d’arracher le maillot, de plonger dans un congélo.
Le col du Jaillet, en descente, c’est aussi des singles pleins d’arbres qui font des croche-pieds avec leurs racines noueuses. C’est vicieux, un arbre. Au retour, fini le papier recyclé, je prendrais du vrai, z’ont qu’à crever.

Le coin est quand même plutôt plat si on enlève les montagnes.
Le coin est quand même plutôt plat si on enlève les montagnes.

35 km. Ravito de la giettaz. Les copains arrivent, on pisse ensemble, je repars. Descente en pente légère dans les bois, petit tronçon de route et puis grosse et belle montée en lacet dans les bois, pour moi la plus belle partie de la course. Après j’ai trouvé moins rigolo la descente entre les racines et l’apic vertigineux. Faut pas regarder, je regarde. Au secours, maman ! je suis coincé, le vide est sans fond. On doit franchir des ruisseaux, l’ardoise est glissante, la boue profonde. Comme dans un dessin animé de Disney, la forêt veut ma peau.

Puis un peu plus tard, dans une autre montée, il y a une américaine fit & strecht qui hurle son bonheur à la caméra de deux journalistes gras du bide campé sur un quad. Le quad, c’est le seul défaut de l’orga, faut dire : ça pétarade et vous noie sous la poussière. Nul, le quad. L’américaine à pédale (cadence élevée, joli jeu de jambes) m’a franchement cassé les burnes. Look ! This is the show of the mountain, ze show ta mère.

Passage des 70. A la sortie de Combloux, mes grands pignons passent plus. Pas grave : j’ai mes outils. Pas d’ombre en revanche. Alors, butée haute, butée basse, fastoche, j’ai vu faire… P*** de b*** de m***, c’est laquelle ? c’est dans quel sens ? Je panique, l’avance que j’ai pu avoir s’évapore, la barrière suivante sera une guillotine. 70, c’est bien, hein, vu mon âge, le peu de pratique que j’ai… 70 c’est honorable…. Les gars passent à côté de moi, s’en foutent : une panne, c’est la peste, casse-toi, tu portes malheur… Un spectateur s’approche : je peux vous aider. Je reprends espoir. Je dis oui. Il dit : J’y connais rien mais je peux vous tenir le velo si vous voulez. Il a un accent traînant. Si j’avais eu une clé à molette, j’écrirais ces lignes en prison. Je décide d’abandonner, je fais demi-tour vers le point des 70. Je croise Benoit et Antoine qui se disent ce que fout ce con. J’aperçois le stand mécano : des apprentis vélocistes qui ont encore la voix qui mue, c’est pas gagné, me proposent une réparation. Ok. Je repars manger des grains de raisin et boire du power machin. Fab passe, il est désolé pour moi. Je lui dis de pas perdre de temps. Velo réparé. Une idée idiote me vient alors : je continue.

Je passe Fab, arrêté sous un arbre, rincé. En panne. Deux mots d’encouragement et je prolonge. J’aurai pu faire plus, je m’en veux. Je reste sur mon idée que c’est honorable de finir au 70. Plus les idées nettes, de toute façon.
Je rattrape aussi Benoit et Antoine. Il y avait sur la course deux tandems. Un vrai, des dingues au sourire ravi, et puis le nôtre, tout aussi dingue, Antoine et Benoit. Benoit et Antoine ont roulé ensemble, toujours. Quand Antoine n’avait plus besoin d’être encouragé, Benoit a accompagné et encouragé un autre coureur à la dérive après la barrière des 100. Les savoyards depuis vouent un culte à Benoît, protecteurs des vététistes au bout du rouleau. Gros mental. Et maîtrise complète de la course et du temps. Pour finir l’épreuve, notre descendeur fou, the perfect Man, Fab, requinqué, s’est joint à eux.

Te dire, lecteur, comme ça m’a fait un bien de ouf de les voir au ravito ou en course. Ça filait une bonne patate. Et de les voir à la barrière du cent m’a donné des ailes. Le reste, tout le reste, c’est un effort solitaire, et c’est ça qui est bon. Les descentes minables cul par dessus tête (trois soleils), ou pied à terre… Les montées infinies. J’ai chanté plein de fois.

Retour au fil de la course. Je roule avec les deux copains un moment, Antoine en roue arrière, Benoit en guide devant, puis les quitte sur une crevaison. Un coureur me propose son aide. En fait, il veut que je lui prête ma pompe. Une fois fait : allez, bon courage, et zou. J’en ai marre. J’irai jusqu’au cent, et après j’arrête. J’arrête tout : donne monofourche à ferrailleur sadique. La course à pied, c’est mieux.

La montée vers Mont Joux. Longue, aride, caniculaire. Gros pourcentage, petit moulinet, tempo de galérien.
Bon, pas vraiment du VTT après tout. Plutôt comme du Gravel. Je revis. Mont Joux là haut, c’est beau. Les installations pour les skieurs polluent la vue, grosses structures métalliques, qui font un décor de film genre Mad Max. Mais tout ça noyé dans une nature délirante, gigantesque. Wahou.

Deux potes, deux autres types et une copine à eux.
Deux potes, deux autres types et une copine à eux.

Du 100 au 140, et tout ça, lecteur, je le garde pour moi. En résumé, montées solitaires, pleines d’ivresse et  de béatitude, descentes casse-gueules. Pas possible enfin, pour finir, de dire l’incroyable légèreté ressentie dans les derniers 100 mètres avec le soir qui tombe, la douceur de l’air, les encouragements des bénévoles (merci à eux !) et des spectateurs (merci à eux aussi), cette ambiance de fête galante, feutrée, la gentillesse de Jérôme et Régis passé la ligne… La médaille qui trempe dans les pâtes, les maillots rouges… Le nirvâna.

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