MB, épisode 1 : compte rendu de BRACO

La MB Race, la course la plus dure du monde ? Incontestablement, il y a tromperie sur la marchandise. Car c’est bien pire que cela. Pourtant, l’expérimenté Jérôme avait annoncé la couleur depuis plusieurs mois. Et mis en garde sur la spécificité d’une telle épreuve qui ne laisse pas la place à la moindre faiblesse. Physique, technique ou mentale. Malgré l’enchaînement des bornes à l’entraînement, les quelque 50 kilomètres de dénivelé gravis ces six derniers mois et une répétition grandeur nature lors du Roc des Alpes, la MB Race s’est transformée en Everest pour l’inexpérimenté vététiste (mais pourtant sportif aguerri) que je suis.

S’il n’a jamais été question de m’aventurer sur 100 km et encore moins sur 140, effectuer 70 km avec plus de 3.500 m de dénivelé positif était déjà un beau défi. Mais les températures caniculaires du jour ont amplifié les difficultés.

Après un départ particulièrement émouvant à 6h, en toute dernière position pour apprécier ce long défilé de coureurs qui serpentaient devant moi dans les premiers lacets du tracé, j’ai pu pleinement goûter à un joli parcours et à un réel enthousiasme du public à notre égard. Les deux premières heures furent enivrantes avec des paysages à couper le souffle. Mais la température se mis brutalement à grimper en flèche pour atteindre à certains endroits plus de 40 degrés. Dès lors, de plaisir, il n’y eut plus. A la place, s’imprimait dans ma tête le mot de calvaire. Me revenait en mémoire cette formule de forçats de la route rendue célèbre au siècle de dernier par Albert Londres. Je n’avais parcouru que 22 km et il m’en restait encore 50 à effectuer. L’envie d’abandonner était prégnante. « Mais qu’est-ce que je fais ici ? » Cette phrase tournait en boucle dans mon crane sans relâche. Je cherchais de bonnes raisons pour continuer. Je priais presque d’avoir un ennui mécanique pour expliquer mon abandon. Mais de pépin technique, il n’y eut point. Dès lors, je me raccrochais à ce que je pouvais pour m’aider à passer cette effroyable épreuve. La promesse faite à ma fille de terminer cette course valait d’endurer toutes les douleurs. Car je ne voulais pas lire dans ses yeux la moindre trace de déception ou de peine. Mais la possibilité d’appartenir à cette caste limitée de coureurs qui finissent la MB Race, même sur 70 km, m’a également poussé à ne jamais rien lâcher et à me dépasser.

Hugo PAGET Photographie
Hugo PAGET Photographie

Plus les kilomètres s’enchaînaient et moins je pouvais avaler le moindre aliment solide. Quant à l’eau, elle me révulsait. La plus petite once d’ombre était une oasis de fraîcheur et les parties ensoleillées pires que le pire des déserts. De vététiste, je me suis transformé en marcheur sur la seconde partie du circuit. J’étais comme l’alpiniste qui gravit une montagne en ne pensant qu’au prochain pas. Jamais plus. Lors de l’avant-dernier ravitaillement, j’entends gronder au loin une puis deux motos. Cette fois, plus de doute, je suis à la queue de la course. On se retrouve rapidement à trois compagnons d’infortune, aussi épuisés que minés moralement. Tout le monde a envie d’arrêter mais personne ne veut (se) l’avouer. Dès lors, c’est reparti pour un tour. De calvaire, on passe au martyr. Quand l’un d’entre nous flanche, les deux autres l’encouragent. Et on se promet de finir tous ensemble. La dernière montée du jour, une côte qui d’ordinaire serait avalée en une minute se transforme en pic infranchissable. Heureusement, se profile à l’horizon le dernier ravitaillement. Et là, le corps flanche. J’invite mes compagnons à repartir sans moi car je n’arrive plus à reprendre mon souffle. Je dois même m’allonger tellement je suis mal. Les bénévoles s’affolent et contactent le médecin. Dès son arrivée, j’ai droit à une batterie de tests sanguins et de la tension. Je suis au plus mal avec une folle envie de vomir, la tête qui tourne et des frissons. Tous me disent d’arrêter, que continuer ne serait pas raisonnable. Le temps passe, passe, passe… Et je commence à refaire surface. Je peux ingérer deux boissons sucrées très fraîches ainsi qu’un petit morceau de banane. Je sais qu’il ne reste plus que de la descente. Je repars, chancelant, alors que le médecin veut me garder encore une dizaine de minutes.

Hugo PAGET Photographie
Hugo PAGET Photographie

Petit à petit, je sens quelques forces revenir. Et les dix derniers kilomètres sont avalés avec gourmandise car, une fois n’est pas coutume, je savoure ces pentes descendantes, seul au monde car les motards, véritables anges gardiens, m’ont depuis longtemps laissé seul à mon sort. J’oublie presque tout ce qui a précédé pour me dire que je vais le faire, que je vais franchir cette ligne d’arrivée et que je vais être fi-ni-sher à la MB Race. Que j’ai vaincu l’épreuve sportive la plus dure qu’il m’a été donné de faire dans ma vie. Que personne ne m’enlèvera cette victoire sur moi-même. Oui, je suis dernier au classement général, oui je suis très loin des meilleurs, mais, pour l’éternité, je figurerais parmi ces fous qui, un jour, se sont dit qu’ils iraient au-delà d’eux-mêmes simplement parce qu’ils ont décidé que rien n’était impossible.

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